Intégrer et fusionner le Canada comme 51° état, annexer le Groënland (territoire autonome au sein du royaume du Danemark et territoire d'outre-mer associé à l'Union européenne), traiter fréquemment les Européens de « profiteurs » , qualifier l’ex-chancelière Angela Merkel de « stupide » , Poutine d’ « intelligent » et l’Union européenne de « vache à lait », organiser un formidable « chamboule tout » de l’administration américaine, y compris d’une cinquantaine d’officiers généraux considérés comme « suspects », envisager de transformer la bande de Gaza en super Riviera du type monégasque, se jouer des codes diplomatiques en humiliant le président ukrainien Zelensky dans le bureau ovale … on ne peut que constater que depuis 2 mois, Donald Trump applique une méthode pour le moins singulière, violente et peu diplomatique.
Certains vont même jusqu’à relever qu’il est tendre avec ses (supposés) ennemis comme la Russie, alors qu’il se déchaine contre ses (ex-) alliés, comme le Canada ou l’Europe.
Non, ce n’est pas un mauvais rêve. Non, nous ne vivrons pas avec lui de meilleurs moments : Trump cogne sans vergogne, et il continuera. C’est une réalité. Il assène, il déclare, il dénonce, il proclame … mais surtout, il déroule une méthode, rodée et éprouvée. C’est le sujet de ce post : essayer de décrypter et de comprendre la « méthode
Trump ».

Tout d’abord je pense que nous avons, en Europe, de la croute sur les yeux et du sable dans les oreilles : la surprise et les vapeurs de certains n’en sont donc que des plus surprenantes : rien de nouveau sous le soleil. Depuis des dizaines d’années, Trump tape, tape dur, tape très dur et ne reconnait rien, aucune erreur ni faute. C’est un fait. Nous
l’avons oublié, et c’est de notre faute. Celle de la mémoire courte.
Bien élevés, les Européens ont imaginé et rêvé d’un autre POTUS (Président des Etats-Unis). Et non, il n’a pas changé. Il persiste dans ses attitudes et comportements, allie l’outrage à la provocation, et déroule avec son équipe sa méthode. D’autres ont oublié que, même surpris par son élection, Trump s’est plutôt bien préparé. Et que l’équipe qui l’entoure (Vance, Hegseth, Rubio, Musk, Kushner, Bessent, ses 2 fils Eric et Donald junior,…) est à son image : oublieux des conventions et iconoclastes, sans scrupules et disrupteurs, rapides et brutaux, avides de pouvoir et d’argent, …
Car la "méthode Trump" repose sur un style agressif, imprévisible et axé sur la domination psychologique. Très probablement largement inspirée par son expérience de businessman dans l'immobilier, elle a été présentée dans son livre « The Art of the
Deal » qui a déjà près de 40 ans …
Rappelons donc les grands principes majeurs de cette méthode, et essayons de les illustrer point à point de quelques exemples, issus de sa précédente mandature ou de celle qui va durer encore 4 ans !

1. Placer la barre très haut
Méthode classique, qu’il n’a en rien inventé : Trump commence souvent ses Négociations avec des exigences extrêmes. Tout simplement pour avoir une marge de négociation. Il demande plus qu’il ne s’attend à obtenir, ce qui lui permet de donner l’impression de faire des concessions tout en obtenant ce qu'il veut vraiment.
Illustrations concrètes …
Renégociation de l’ALENA (USMCA) en août 2020
Lors des discussions pour remplacer l'Accord delibre-échange nord-américain (qui date de 30 ans), Trump a commencé par exiger des conditions extrêmement favorables aux États-Unis, notamment des taxes lourdes sur les importations automobiles et des règles strictes sur les produits agricoles. Son approche agressive a poussé le Canada et le Mexique àfaire des concessions, aboutissant à l’Accord États-Unis-Mexique-Canada
(USMCA), qui lui était plus favorable.
Négociations avec l’OTAN
Dès sa première présidence, Trump a exigé que les pays membres augmentent massivement leurs dépenses militaires, menaçant de réduire l’engagement des États-Unis dans l’Alliance atlantique. Il a réclamé que chaque pays atteigne 2 % de son PIB en dépenses militaires, ce qui a poussé plusieurs pays à accroître leur budget, même s’ils n’ont pas tous atteint cet objectif. Il remet le couvert depuis 2 mois.
Tentative d’achat du Groenland
En 2019 (déjà !), Trump a proposé d’acheter le Groenland au Danemark, une demande qui a alors semblé absurde aux yeux du gouvernement danois. Derrière cette proposition choc, il y avait probablement une stratégie, qui se concrétise aujourd’hui, 6 ans plus tard : en partant d’une demande exagérée, il souhaite obtenir d’autres concessions, comme un renforcement des liens économiques et militaires dans l’Arctique, et surtout l’exploitation des minéraux nordiques : le business est une obsession pour lui, un « marqueur » matriciel de sa posture. Comme en plus, il méprise les européens, donc les Danois également …
Pour être historiquement correct, rappelons que Trump n’a rien inventé sur ce "dossier du Groënland" : les américains lorgnent sur ce territoire depuis une centaine d’années. Oui, vous avez bien lu : 1917 exactement. Ce qui change aujourd’hui : la méthode Trump. Au passage, notons qu’en août 2019, le très sérieux Washington Post avait estimé le « prix d'achat » du Groenland entre 200 millions et 1.700 milliards de dollars. Fourchette très large, dont la médiane était de l’ordre de 40 milliards de dollars. Quand on sait que la population du Groenland est d’environ 55.000 personnes, … cela peut faire rêver.
Menace de surtaxer les importations allemandes
Lors de son premier mandat, Trump a menacé d’imposer des droits de douane massifs sur les voitures allemandes importées aux États-Unis, exigeant que l’Allemagne réduise son excédent commercial avec les États-Unis : « Ils (les allemands) nous volent depuis des années ». Bien qu’il n’ait pas mis cette menace à exécution, il a contraint l’Allemagne à négocier sur d’autres fronts économiques et à augmenter ses dépenses militaires dans l’OTAN.
Menace de tarifs douaniers élevés pour obtenir des concessions commerciales
En janvier 2025, Trump ressert le couvert : il a déjà menacé d'imposer des droits de douane de 25 % sur les importations mexicaines si le Mexique n'empêchait pas les migrants illégaux et la drogue d'entrer aux États-Unis. Cette exigence initiale très élevée visait à créer une marge de négociation favorable aux États-Unis. Idem pour le Canada.

2. Créer de l’incertitude et du chaos
Trump utilise l’imprévisibilité comme un levier, poussant ses adversaires à rester sur la défensive. Il change fréquemment de position, ce qui rend difficile toute anticipation de ses mouvements. Méthode également classique et connue des négociateurs pointus, comme ceux qui parlent à des terroristes ou à des preneurs d’otages.
Négociations avec la Chine
Dans la guerre commerciale avec la Chine, Trump a annoncé brutalement des hausses de tarifs douaniers, puis s'est contredit en laissant entendre qu'il pourrait négocier un accord. Cette imprévisibilité a désorienté Pékin et créé de la volatilité sur les marchés, ce qui lui a permis de maintenir la pression.
Sommet du G7 de 2018
Lors du sommet du G7 au Canada, Trump a d'abord signé un communiqué commun avant de le rejeter brutalement via Twitter, tout en attaquant le Premier ministre canadien Justin Trudeau. Ce revirement a déstabilisé les alliés des États-Unis et rendu la position américaine plus difficile à anticiper.
Négociations et revirements sur le DACA (Dreamers Act)
Le DACA est un programme américain protégeant les jeunesimmigrés arrivés illégalement aux États-Unis dans leur enfance. Trump a plusieurs fois, sans aucuns scrupules, changé de position : il a d'abord annoncé sa suppression, puis s'est dit prêt à négocier avec les démocrates avant de se rétracter à nouveau. Ce flou a empêché le Congrès de trouver un accord et a maintenu la pression sur les démocrates.
Proposition de renommer le golfe du Mexique
Il y a 2 mois, et à la surprise générale, Trump a proposé de rebaptiser le golfe du Mexique en "golfe de l'Amérique". Cette proposition inattendue a semé le trouble et l'incertitude dans les relations diplomatiques avec le Mexique, obligeant la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum à réagir publiquement avec ironie.
Encore une fois la théorie du chaos, qu’il maîtrise à merveille.

3. Exercer une pression constante
Trump ne recule jamais facilement, ce n’est vraiment pas son style. Au contraire, il préfère mettre ses adversaires sous pression, notamment en utilisant les médias ou en publiant des déclarations chocs sur les réseaux sociaux pour influencer le rapport de force. Nous nous souvenons tous de ses tweets matinauxquotidiens, il y a 5-7 ans.
Négociation sur le mur frontalier avec le Mexique
Trump a insisté de manière répétée sur la construction d’unmur à la frontière mexicaine. Il est même allé jusqu’à provoquer un shutdown du gouvernement américain de 35 jours fin 2018, en refusant de signer le budget sans financement pour le mur. Bien qu’il n’ait pas obtenu tout ce qu’il voulait, il aréussi à faire adopter certaines mesures de sécurité renforcées.
Bras de fer avec l’Union européenne sur le commerce
Toujours lors de sa première mandature, Trump a imposé des droits de douane sur l’acier et l’aluminium européens, menaçant d’aller encore plus loin en taxant les importations automobiles. L’UE a finalement accepté de négocier, ce qui lui a permis d’obtenir des concessions sur certains produits agricoles américains.
Autre bras de fer … avec Amazon
Trump a régulièrement attaqué Amazon et son PDG, Jeff Bezos, notamment en les accusant de profiter abusivement des services postaux américains. Cette pression publique visait à affaiblir Bezos (également propriétaire du Washington Post, un journal critique envers Trump) et à influencer la politique de taxation des géants du numérique. Il n’a que récemment lâché prise et Amazon a soutenu Trump dans son élection de 2024 ! De plus, Amazon a contribué à sa cérémonie d'investiture avec un don d'un million de dollars et a diffusé l'événement sur son streaming, Prime Video.
Sanctions économiques contre l’Iran
Après s’être retiré de l’accord nucléaire en 2018, Trump a imposé de lourdes sanctions économiques à l’Iran, puis les a progressivement intensifiées en ciblant les secteurs pétrolier et bancaire. L’objectif était de forcer l’Iran à revenir à la table des négociations sous la contrainte, même si cette stratégie n’a pas produit les résultats escomptés.
Sanctions contre les avocats impliqués dans des litiges contre l'administration
Il y a quelques jours, début mars, Trump a signé un mémorandum visant à sanctionner les avocats et les cabinets engagés dans des poursuites contre son administration, les accusant de contribuer à des fraudes et à des réclamations infondées dans le système d'immigration. Cette pression continue vise à dissuader les actions enjustice contre ses politiques.
Pression sur Zelensky
Nous savons tous, et il n’est pas besoin de s’attarder plus à détailler le sujet, les innombrables pression, et ce de manière continuelle, que Trump exerce, et fait exercer, sur Zelensky depuis des années. Et encore plus depuis son retour il y a 2 mois.

4. Créer un rapport de force asymétrique
Il essaie de donner l’impression qu’il n’a rien à perdre et que l’autre partie a plus à perdre si elle ne cède pas à ses exigences.
Retrait de l'accord de Paris sur le climat
En 2017, Trump a retiré les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, affirmant que les conditions n’étaient pas favorables aux entreprises américaines. Il a présenté cette décision comme un moyen de montrerque les États-Unis ne se soumettaient pas à des accords qui les désavantageaient, mettant la pression sur d'autres pays pour négocier de nouvelles conditions.
Chantage à la fermeture de la frontière avec le Mexique
En 2019, Trump a menacé de fermer complètement la frontière avec le Mexique si ce pays ne prenait pas des mesures drastiques pour stopper l'immigration illégale. Le Mexique, sous pression, a renforcé ses contrôles auxfrontières et déployé sa garde nationale pour limiter le flux migratoire.
Suspension de l’aide à l’Ukraine (en 2019 et en 2025)
Dès 2019, avant même l’invasion russe, Trump a bloqué uneaide militaire de 400 millions de dollars à l’Ukraine tout en demandant à Zelensky, fraichement élu à l’époque, d’ouvrir une enquête sur les activités en Ukraine d’Hunter Biden, fils de son rival à la présidentielle et futur POTUS, Joe Biden. Cette pression visait à obtenir un avantage politique enforçant l’Ukraine à collaborer sous la menace de perdre un soutien crucial contre la Russie. Zelensky a osé lui tenir tête à l’époque. Il le paie depuis …
Expulsion de diplomates chinois
En 2020, Trump a ordonné la fermeture du consulat chinois à Houston et expulsé des diplomates chinois sous prétexte d’activités d’espionnage. Cette action a montré que les États-Unis pouvaient frapper unilatéralement la Chine sans subir de représailles immédiates, renforçant sa position dans la guerre commerciale et diplomatique.
Proposition de négociations nucléaires avec l'Iran sous menace militaire
En mars 2025, Trump a envoyé une lettre au guide suprême iranien, proposant des négociations pour prévenir le développement d'armes nucléaires par l'Iran, tout en brandissant la menace d'une intervention militaire en cas de refus. Cette approche place l'Iran dans une position défavorable, face à un choix limité

5. Menacer de se retirer
L’un de ses coups de bluff favoris consiste à menacer dequitter la table des négociations, forçant ainsi l’autre partie à faire des concessions pour éviter un échec total. Là également, rien de nouveau. Nos pièces de théâtre du XVII° siècle sont remplies de telles situations.
L’histoire également : De Gaulle en 1965 face à l’Europe, les Anglais pendant les négociations sur le Brexit, la posture soviétique lors des négociations Est-Ouest sur le désarmement à la fin des années 50, ou les négociations START 30 ans plus tard …
Réforme de l’ONU et menace de couper les financements
Trump a maintes fois menacé de réduire drastiquement lacontribution des États-Unis à l’ONU si l’organisation ne devenait pas plus efficace et équitable selon ses critères. Il a eu gain de cause : des discussions internes àlONU ont abouti à une réforme du budget et de la gestion de l’ONU. Gagnant.
Tensions avec l’OMS (Organisation mondiale de la santé)
En pleine pandémie de Covid-19, Trump a accusé l’OMS d’être biaisée en faveur de la Chine et a menacé de couper le financement américain. Il a ensuite officiellem ent retiré les États-Unis de l’organisation, mettant la pression sur l’OMS pour qu’elle réforme ses pratiques.
Accord nucléaire avec l’Iran
Trump a menacé à plusieurs reprises de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien signé sous Obama (JCPOA), ce qu’il a finalement fait en 2018. Cette menace visait à forcer l’Iran à négocier un nouvelaccord plus strict, mais l'Iran a refusé de revenir à la table, montrant aussi les limites de la stratégie trumpienne. Le Perse s’est avéré plus fort que le cow-boy !
Traité INF avec la Russie
Trump a annoncé en 2018 que les États-Unis se retireraient du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF), accusant la Russie de ne pas respecter l’accord. Trump voulait forcer Moscou à se conformer aux règles,mais finalement le traité a été abandonné.
Suspension temporaire du partage de renseignements avec l'Ukraine
Il y a quelques jours, l'administration Trump a temporairement suspendu le partage de renseignements à l'Ukraine. Non seulement il a ainsi mis Zelensky et son Etat-major sous pression avant les pourparlers de paix, mais il a également mis en évidence les risques pour les Européens de la forte dépendance sécuritaire aux Etats-Unis.

6. Dévaloriser l’adversaire
Il emploie des attaques personnelles et des surnoms moqueurs pour affaiblir ses opposants et prendre le dessus psychologiquement. Macron et Zelensky, Merkel et Trudeau peuvent en témoigner. Des dizaines de dirigeants à travers le monde également. Là encore, Trump n’a rien inventé : il applique le vieux principe : dites du mal de quelqu’un, il en restera toujours quelque chose.
Attaques contre Kim Jong-un et ses opposants politiques américains
Lors des premières négociations avec la Corée du Nord, Trump a surnommé Kim Jong-un "Little Rocket Man" et menacé de "détruire totalement" la Corée du Nord devant l’ONU. Cette approche brutale a précédé une phase de détente où il a présenté sa rencontre avec Kim comme une grande victoire diplomatique. De la même manière, il attaque systématiquement sesadversaires politiques (Joe Biden était "Sleepy Joe", Hillary Clinton "Crooked Hillary").
Pire, lors des négociations budgétaires et sur ladestitution (impeachment), Trump a attaqué personnellement Nancy Pelosi, la qualifiant de "Nancy la folle" (Crazy Nancy), insinuant qu’elle était incompétente ou instable. Cette stratégie visait à la décrédibiliser auprès de l’opinion publique et de son propre camp.
Attaques contre le Président de la Fed
Mécontent des décisions de la Réserve fédérale, Trump a critiqué publiquement son président, Jerome Powell, l’accusant de nuire à l’économie américaine en maintenant des taux d’intérêt trop élevés. Ces attaques visaient à mettre Powell sous pression pourqu’il adopte une politique monétaire plus favorable aux objectifs de Trump.
Campagne présidentielle de 2016 contre Jeb Bush
Pendant les primaires républicaines de 2016, Trump a surnommé Jeb Bush "Low Energy Jeb", insistant sur son manque de dynamisme. Cette moquerie a collé à Bush et a contribué à détruire son image de favori.
Limogeage immédiat d’inspecteurs généraux
Le 24 janvier 2025, Trump a limogé (au moins) 17 inspecteurs généraux de divers départements et agences fédérales. Cette action, qualifiée de "purge du vendredi soir" par les médias, a visé à discréditer et à affaiblir les organismes de surveillance interne du gouvernement américain.

Mimiques
Je ne peux clôturer ce chapitre sans évoquer les mimiques et grimaces (insolentes ?) de Trump à l’encontre de celles et ceux qu’il méprise, … et reçoit. Regardez des vidéos sur YouTube de lui et d’Angela Merkel, de réunions où il grimace face à Justin Trudeau, ou il tord le nez devant Zelensky.
Digne d’un De Funès, ces mimiques qui n’ont rien de comique traduisent à la fois un jeu d’acteur comme un réel comportement dévalorisant, voire méprisant, à l'encontre de ses interlocuteurs. La preuve ? re-regardez les vidéos de son investiture : il a un bien autre regard à l’égard de son clan, de sa femme et de ses enfants.

7. Utiliser les médias pour façonner la réalité
Grand connaisseur de l’univers médiatique (acteur,animateur de télévision, producteur de téléréalités …) et bon connaisseur des réseaux sociaux (fan de Twitter bien avant d’être « l’ami » de Musk), Trump sait que la perception est souvent plus puissante que la réalité. Il utilise à ses fins la communication de masse pour présenter ses victoires (même les plus modestes) comme des triomphes et minimiser ses échecs. Le superlatif est de mise : regardez ces derniers jours le nombre de fois où il explique que ses équipes sont « formidables », que l’on « travaille très dur », que les résultats obtenus sont « au-delà des espoirs » … Encore une fois, dites-en beaucoup ou beaucoup trop, il en restera quelque chose.
Campagne électorale de 2024
On se souvient tous que Trump a, durant sa campagne de 2024, relayé une fausse information en affirmant que des immigrants à Springfield, dans l'Ohio, mangeaient des chiens et des chats. Le ridicule ne tue pas, cela a buzzé et alimenté tant son discours que ses prises de position. Qui s’en souvient aujourd’hui ?
Gestion médiatique du Covid-19
Trump a minimisé la gravité du virus comme l’impact du Covid-19 dès le début, affirmant qu’il disparaîtrait "comme par magie" et que les États-Unis géraient la situation "mieux que n’importe quel autre pays". Il a utilisé son influence médiatique pour façonner la perception publique, malgré des faits indiquant une crise sanitaire croissante.
Négociations avec la Corée du Nord
Après son premier sommet avec Kim Jong-un en 2018 àSingapour, Trump a immédiatement proclamé sur Twitter que la menace nucléaire nord-coréenne était "terminée", bien que peu de mesures concrètes aient été prises. Il a utilisé les médias, et en particulier Twitter, pour donner l'impression d'un succès retentissant, malgré des résultats mitigés.
Négociation sur la réforme fiscale de 2017
Trump a vendu sa réforme fiscale comme une "énorme baisse d’impôts pour la classe moyenne", alors que les principales réductions bénéficiaient surtout aux grandes entreprises. Grâce à une communication massive et simplifiée, il a réussi à imposer cette perception dans l’opinion publique.
Annonce d'une annexion plus ou moins imminente du Groenland
J'ai déjà évoqué le sujet plus haut. Ce mois-ci, lors d'une conférence de presse, Trump a déclaré que l'annexion du Groenland par les États-Unis « allait arriver », qu'elle était "inéluctable" ... affirmant que cela était nécessaire pour la sécurité internationale. Cette déclaration publique vise à influencer l'opinion locale comme européenne, à créer un contexte diplomatique virtuel et à présenter cette annexion comme (un jour ?) inévitable.

Voici donc quelques axes fondamentaux de sa démarche de négociation. Autant dire que l’on est très éloigné des rodomontades du Quai d’Orsay ou des circonvolutions oratoires des anciens élèves de Sciences-Po. Or le sujet est majeur : on parle en effet du monde et de sa stabilité, des équilibres entre grandes puissances, de l’avenir de l’Europe, du Canada et du Mexique, … comme de très nombreux pays.
Je me propose donc de vous soumettre une triple conclusion : analyse factuelle, analyse comparée des forces et des faiblesses, et synthèse de l’impact réel de la méthode Trump.
Conclusion #1 – Analyse factuelle
Les multiples exemples que je vous ai présenté ci-dessus montrent que Trump applique « sa méthode » de manière récurrente et quasi systématique, que ce soit dans la diplomatie, l’économie, la politique intérieure US, la communication électorale … Et ce depuis des années. Nous sommes très bêtes et naïfs de l’avoir oublié.
De fait, chacun des points illustre bien sa stratégie de négociation : un mélange de force et d’intimidation, de chaos contrôlé comme de positions aléatoires ou floues, de mensonges et d’intimidation médiatique. Auquel on peut ajouter un certain don pour la provocation comme de « comique simpliste ».
Son art, si tant est que je puisse utiliser ce mot, est de les combiner et d’en jouer toute la partition. Certains y voient du génie tactique, d’autres un jeu risqué qui peut se retourner contre lui, avec notamment des réactions hostiles et des effets imprévus.
Cette approche fonctionne bien dans certaines négociations, notamment lorsqu'il y a un rapport de force en sa faveur, mais elle peut aussi se retourner contre lui si l’adversaire refuse de plier (Zelensky parfois, Macron souvent, les Canadiens toujours, les Mexicains presque jamais, Kim à chaque fois …).

Conclusion #2 – Points forts et points faibles
Les points forts de la méthode Trump
- En premier lieu, il faut reconnaitre une certaine efficacité à court terme pour obtenir des concessions : en mettant une pression intense sur ses adversaires et en les poussant à l’incertitude, Trump crée un sentiment d’urgence qui les amène souvent à céder partiellement.
- Puis un effet de saturation : à force de« cogner » tel un boxeur, et d’apporter un point de rupture quasi quotidiennement, il sature le monde de sa présence, épuise les autres … adversaires comme partenaires. Il impose ainsi sa présence, sa personnalité, sa vision du monde, ses arguments …
- Le concept MAGA est mobilisateur pour son électorat, tout comme la capacité de Trump à contrôler le récit médiatique et à simplifier les enjeux joue un rôle clé dans sa popularité. L’américain du Middle-west se retrouve totalement en lui. Mieux, ou pire (?) : il en est fier. N’oublions pas qu’il contrôle, et domine assez largement, toutes les institutions américaines : Sénat, Cour suprême et Chambre des représentants.
- Sa démarche « hors codes » procure un effet dissuasif pour ses adversaires : son imprévisibilité crée une peur du risque chez ceux qui négocient avec lui, ce qui peut forcer à des concessions. Qui est volontaire pour aller s’opposer à lui au sein du bureau
ovale ? qui lève le doigt pour signaler son désaccord ?
Les limites et les risques de la méthode Trump
- Le premier risque à moyen comme à long terme, est celui d’une grave détérioration des relations diplomatiques et commerciales des Etats-Unis avec de très nombreux partenaires. Certaines de ses négociations ou prises de parole, trop agressives, laisseront avec certitude des séquelles durables. Beaucoup d’anciens partenaires et alliés des USA vont en effet rechercher des alternatives commerciales, militaires, financières, … diplomatiques.
- Le second, majeur, est celui d’une perception durable d’un manque de fiabilité des États-Unis comme partenaire. En menaçant constamment de se retirer des accords, Trump renforce l’idée que les États-Unis sont imprévisibles et peu fiables.
- Le troisième est de générer des effets économiques contre-productifs : sa stratégie des tarifs douaniers a certes mis la pression sur le Mexique, le Canada, l’Europe ou la Chine, mais elle a aussi nui à des industries américaines.
Derniers exemples en date : le Portugal qui décide de ne plus acheter de F35, les Australiens qui découvrent qu’ils n’obtiendront jamais les sous-marins du contrat AUKUS, et l’Ukraine qui se jette dans nos bras.
- Le dernier effet négatif, qui sera à mon avis prégnant sur le long terme, est celui des effets pervers : au-delà de la lassitude de ses partenaires comme des adversaires, son rapport de force permanent aura usé ses interlocuteurs, qui finiront par contourner et/ou résister aux États-Unis.

Conclusion #3 – Une méthode qui présente un impact très contrasté
À court terme, la méthode Trump lui procure effectivement la capacité à obtenir, sur certains dossiers, des résultats rapides. Elle peut fonctionner car elle crée un rapport de force immédiat et, comme au poker, peut "autoriser" une maximisation des gains. Elle donne aux États-Unis un relatif avantage dans les négociations économiques, et peut même renforcer leur image comme celle d’une puissance dure et exigeante. L’exemple du Canal de Panama en est une illustration flagrante : BlackRock a racheté les intérêts chinois dans les ports.
Mais à moyen et long terme, elle peut être destructrice, car elle érode la confiance, pousse les partenaires à chercher et à trouver des alternatives, et peut même affaiblir les États-Unis sur la scène mondiale.
Surtout, la méthode Trump affecte la "crédibilité intrinsèque" des États-Unis, mais de manière ambivalente.
Certes, elle lui procure une image de force et de fermeté, car Trump montre qu'il est prêt à aller loin pour défendre les intérêts américains. Comme les siens. Mais elle le « charge » surtout d’une réputation d'imprévisibilité et d'instabilité, et diminue gravement sa crédibilité, comme celle de la fiabilité des Etats-Unis. L’attaque ce week-end, contre les grands groupes français sur leurs valeurs va peser lourdement sur leur futur. De plus, en changeant souvent de position, Trump donne l’image d’un leader difficile à suivre, ce qui pousse les alliés et adversaires à se méfier.
Ou à le contourner, ou à envisager d’autres scenarii …
Tout dépend donc du domaine et du spectre dans lequel nous nous situons : si l’objectif poursuivi a pour cadre une négociation unique, cette approche peut être efficace.
Si c’est une relation durable, sa méthode est très certainement contre-productive.
Or c’est là l’erreur fondamentale de l’application par Trump de sa méthode issue de ses pratiques commerciales de businessman : il n’est plus sur les plateaux de FoxNews ou dans une négociation immobilière à New-York, mais sur la scène internationale, qui plus est comme POTUS. L’espace réel et temporel sont totalement différents.
Pour clore, je lui reconnais objectivement quelques excellentes décisions internes (stopper le wokisme, donner un formidable coup de pied dans certains organismes internationaux autant inefficaces qu’inutiles, dégraisser le mammouth administratif américain, …) mais au niveau mondial, les résultats sont désastreux :
- Poutine et Kim-Jong-un se rient de lui.
- Xi, Modi et les Européens se méfient de ses propos comme de ses actes, et le tiennent fréquemment à la distance nécessaire.
- Seuls, quelques dictateurs isolés ou fanatiques libéraux le courtisent, de près ou de loin.
Un point est certain : son successeur, sauf si c’est Vance, aura une lourde tâche.
